Séminaire du 30 janvier 2008
Hélène Avocat
Approche géographique pour une exploitation rationnelle du potentiel bois-énergie aux échelles loco-régionales
1. Contexte :
Selon l’Agence Internationale de l’énergie, près de 80 % de l’énergie totale consommée dans le monde provient d’énergies dites fossiles (non renouvelables à l’échelle des temps humains). Ce mode de consommation est problématique à plusieurs égards : d’un point de vue économique, la raréfaction de ces ressources, corrélée à une augmentation globale de la demande engendre une hausse des prix de ces énergies. D’autre part, la localisation des gisements et l’organisation des marchés dans une logique cartelaire a pour corollaire une situation de dépendance des pays importateurs vis-à-vis des pays et entreprises détenteurs et producteurs de la ressource. A cela s’ajoute une prise en compte des impacts environnementaux liés à l’utilisation de ce type de ressources (pollution, GES, surexploitation des ressources). Cette situation de crise énergétique multidimensionnelle à l’échelle planétaire est le point de départ d’un ensemble de mutations des systèmes énergétiques aux niveaux national et loco-régional. De nouvelles orientations voient le jour en matière de planification énergétique : recours au nucléaire dans un premier temps, puis mise en place de politiques incitatives à l’utilisation et à la valorisation énergétiques de ressources locales (renouvelables et moins polluantes, théoriquement).
2. Problématique :
Constat : sous l’impulsion de facteurs et mécanismes globaux se profilent en France et en Franche-Comté d’importantes mutations de la filière bois-énergie. Nous assistons en effet depuis deux décennies à une forte augmentation de la consommation de bois-énergie, due entre autres à un développement important des grosses unités de consommation (chaufferies collectives). Parallèlement, nous sommes face à des filières complètement déstructurées du point de vue de la gestion des potentiels et de l’approvisionnement en combustible (bois en provenance de Suisse, de Pologne etc.). De plus, nous sommes actuellement dans une optique de gestion de type « gestion de projet », qui consiste à déterminer de prime abord la puissance de l’installation pour ensuite déterminer des bassins d’approvisionnement. Ce mode de gestion est inadapté et conduit inéluctablement à des situations conflictuelles.
D’où le problème de recherche : comment arriver à concilier besoins et potentiels et à structurer de manière rationnelle l’approvisionnement en combustible des unités de consommation compte tenu des spécificités territoriales dans lesquelles ces structures s’inscrivent ?
3. Cadre opératoire :
En vue de répondre à ce problème et aux principales questions qui lui sont inhérentes (quel est le potentiel « énergisable » d’un territoire, comment intégrer la notion de renouvelabilité dans les modèles de simulation compte tenu des caractéristiques fortement différentiées des espaces producteurs, quels sont les facteurs susceptibles d’influencer la demande et comment adapter l’offre à ces fluctuations etc.), nous proposons de développer une approche centrée sur les potentialités territoriales. Cette approche se fonde :
• l’utilisation des concepts véhiculés par les théories de la complexité pour la description et la compréhension du système énergétique territorial bois-énergie, son organisation au sein d’un territoire ;
• les possibilités issues de la dynamique des systèmes, en matière de modélisation (prospective).
L’ensemble de ces points constitue la trame de la présentation. Compte tenu de l’état d’avancement de ma réflexion, j’insisterai d’avantage sur le concept de système énergétique territorial, ses composantes structurelles et ses mécanismes fonctionnels que sur la partie prospective, les modèles de simulation n’étant par encore formalisés.
Camille Chanard
Planification et politiques énergétiques - Analyse des réseaux d’acteurs territoriaux et définition de territoires de pertinence énergétique
Nous entrerons actuellement dans un nouveau paradigme énergétique, dans un nouveau fonctionnement du système énergétique, plus centré sur l’échelle locale. Nous assistons ainsi à une évolution des rôles des acteurs en termes de gestion, de décision et de planification énergétique entre les niveaux internationaux, nationaux et locaux. Ces derniers sont appelés à jouer un rôle de plus en plus important dans le système énergétique en devenant petit à petit « unités de base ». Ainsi, les six types d’acteurs qui font les territoires, (individus, entreprises, État, collectivités, société civile, intercommunalité) voient leurs compétences s’accroître dans la planification énergétique territoriale. Les orientations et l’impulsion stratégique sont supra nationales et nationales, alors que la mise en oeuvre est clairement du ressort des acteurs territoriaux du fait des nouvelles compétences transférées aux territoires. Par ailleurs, les groupements politico-économiques internationaux prennent le relais dans le domaine de la régulation et de l’orientation stratégique. Les niveaux d’intervention s’imbriquent les uns dans les autres donnant peu de lisibilité à l’organisation du système énergétique. Nous souhaitons, à travers ce travail de thèse, comprendre et expliciter le fonctionnement du système énergétique territorial, définir les éléments et les acteurs qui le composent et les relations qui l’animent. Une étude détaillée des textes législatifs ayant trait à la problématique énergétique nous permettra de connaître précisément les compétences de chacun des acteurs. Parallèlement, nous analyserons différents projets déjà mis en œuvre ou en cours de réalisation afin de comprendre comment les acteurs locaux s’approprient les compétences qui leur sont conférées. Ceci nous conduira à nous interroger sur l’existence éventuelle de « territoires énergétiques pertinents ». Alors qu’aujourd’hui les projets énergétiques sont définis pour un territoire administratif en fonction des compétences des acteurs de ce territoire, comment peut-on construire des territoires de l’énergie qui tiennent compte à la fois des caractéristiques physiques (potentiel de production), sociales (consommation), économiques et politiques ?




